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[T2 - MAÎTRISE DES RISQUES]

Interview


Aujourd’hui, les Rendez-vous majeurs posent 3 questions à donnent la parole à Thomas MARCON, référent NaTech à l’Ineris, en amont du débat T2 - [Maîtrise des risques] : Vers plus d’accidents industriels quand la nature s’emballe ? En avant-première, voici les grandes lignes des éléments qui seront abordés lors du débat.

L’impact des risques naturels sur les sites Seveso est sous-estimé


Comme toute installation, les sites Seveso sont susceptibles d'être imapctés par des risques naturels, lesquels peuvent être à l’origine d’accidents technologiques majeurs. Les événements naturels extrêmes sont exacerbés, en intensité et en fréquence, par le changement climatique. Leur probabilité est donc difficile à appréhender et par ricochet l’anticipation de leur incidence sur les installations.

Avant toute chose, de quels risques naturels parle-t-on ? En France métropolitaine, trois grands types de phénomènes peuvent et ont régulièrement déclenché ou aggravé des événements sur des sites industriels : les inondations, les vagues de chaleur et le vent. D’après la base de données ARIA gérée par le bureau d’Analyse des Risques et Pollutions Industriels (BARPI), ils étaient ainsi, en 2010, impliqués dans 30 accidents industriels, devant la foudre, le froid intense, les mouvements de terrain et autres aléas. 30 accidents en 2010, contre 96 en 2019, et même 130 en 2018 !

Une courbe ascendante indéniable


Les scientifiques l’annoncent depuis un certain nombre d’années : le dérèglement climatique va certes se traduire par une hausse des températures moyennes, mais aussi par une multiplication des épisodes climatiques extrêmes. Cette tendance est déjà à l’œuvre, comme le constate leBARPI). Entre 2010 et 2019, le nombre d’accidents industriels dans lesquels un événement naturel a joué un rôle a quasiment triplé. Et cette inflation est essentiellement imputable à ces trois principaux risques. Globalement, en Europe et sur la période allant de 1980 à 2016, le nombre d’inondations a plus que quadruplé, quand les événements météorologiques (tempêtes) et climatiques (température extrême, feux de forêts) ont doublé. Il devient donc urgent d’en tirer des conséquences.



Quels sont les impacts potentiels ?

En fonction des événements climatiques, les impacts potentiels sur les installations ne sont pas du même ordre. Ainsi, pour les inondations, il s’agit surtout de risques de submersions, pouvant entrainer des pertes de confinement ou des courts-circuits électriques. Eventuellement, un risque supplémentaire peut survenir si des objets flottants dérivent et viennent heurter les installations. Avec les vagues de chaleurs apparaissent les risques d’incendies associés à des phénomènes d’auto-échauffements, d’effet loupe, d’emballement de réactions, des surchauffes électriques ou de matériels, des feux de broussailles, etc. Enfin, pour le vent, le risque vient surtout de potentiels arrachements d’équipements, de chutes d’objets ou d’éléments du site (cheminée ou autres), ou d’impact d’objets emportés par le vent qui peuvent causer des pertes de confinement de matières dangereuses.



Des conséquences en cascades et méconnues


En soi, l’accroissement de ces événements naturels constitue déjà un enjeu important pour les sites industriels à risques. Mais c’est bien sûr dans leur capacité à induire un accident technologique majeur que réside le cœur du problème. Les études de danger réalisées sur les installations Seveso envisagent des scénarios d’accidents majeurs qui doivent être quantifier en probabilité et en gravité, en tenant compte des potentiels effets dominos qui font qu’un incident peut en entrainer un autre et ce jusqu’à l’accident majeur. Mais ces effets dominos ne tiennent compte que des risques technologiques, internes aux sites et à ses productions ou externes provenant d’installations ou de sites voisins. Rarement des aléas climatiques. Or ceux-ci recèlent leurs propres effets dominos ou cascades qui viennent se sur-ajouter : une inondation qui crée un court-circuit, lequel génère une défaillance sur une installation A qui pilote la sécurité d’une installation B, ce qui peut induire une perte de confinement sur cette dernière, etc. Sans compter que, lors d’un événement climatique majeur, l’accessibilité aux installations peut être entraver et que les secours externes peuvent être mobilisés pour aider en priorité la population…

Aujourd’hui, ces risques naturels ne sont pas suffisamment pris en compte. Des prescriptions existent, auxquelles les industriels doivent se conformer, mais elles se basent des aléas de référence dont la période de retour est déterminée sur la base d’épisodes passés, comme les crues centennales. Mais ces aléas de référence sont-ils toujours d’actualité ? À l’heure où l’intensité et la fréquence de ces phénomènes extrêmes ne cessent de croître, cette approche peut être questionnée. Une première piste consisterait peut-être à leur appliquer la méthode probabiliste qui prévaut sur les aspects technologiques des études de danger. Et donc de se fixer des objectifs de prévention sur la base de ce qui est potentiellement possible, et non sur ce qui a déjà eu lieu.